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A qui profite la réforme Blanquer ?

« Au total, 59 % des élèves de terminale générale suivent un enseignement de mathématiques (+ 3 points par rapport à 2022) », se gargarise le ministère de l’éducation nationale dans sa dernière note d’information sur « Les choix d’enseignements de spécialité et d’enseignements optionnels à la rentrée 2023 ». Il s’en gargarise d’autant plus que les critiques se multiplient à l’encontre de la réforme Blanquer du lycée, qui a fait chuté de façon drastique les effectifs de lycéens – et surtout de lycéennes – dans les classes scientifiques.


Ces critiques sont notamment portées par quelques obsessionnels du tableur Excel qui partagent l'idée incongrue de comparer d’une année sur l’autre les données ministérielles. Mélanie Guenais, vice-présidente de la Société Mathématique de France et coordinatrice du Collectif Maths&Sciences, est de celles-là, qui a sacrifié tout un week-end (certes pluvieux) pour élaborer ce bilan 2024 en graphiques des sciences au lycée général, disponible ici.



La comparaison avec les choix des lycéens des années précédentes relativise quelque peu les motifs d’autosatisfaction du ministère et ses propos rassurants quand aux effets de la réforme Blanquer.


Rappelons que cette réforme, mise en œuvre à partir de 2019, était censée atténuer la prédominance de la série S qui concentrait les classes sociales favorisées, les meilleurs élèves et les espoirs des parents. Dès le départ, une ambiguïté existait cependant quant aux reproches adressés à cette série S, jugée tantôt trop généraliste et pas assez scientifique, autant dire d’un faible niveau, notamment en maths, et tantôt trop scientifique pour les lycéens ayant opté pour cette filière et choisissant de ne pas poursuivre en sciences après le bac. Fallait-il donc agrandir le vivier en élargissant aux classes sociales défavorisées l’accès aux formations scientifiques, ou renforcer cette formation uniquement pour les élèves « qui en font le choix », quitte à en restreindre le public?


Il semble qu’un choix ait été fait - même si le gouvernement n’a guère communiqué à ce sujet - puisque, par exemple, il n’y a plus que la moitié des lycéennes de terminales (et 70 % des lycéens) qui font encore des maths, contre 82 % avant la réforme (94 % pour les lycéens). A l’issue de la réforme Blanquer, la seule catégorie d’élèves dont les effectifs ont augmenté dans les options maths et sciences est celle des garçons de milieu plutôt favorisé qui choisissent STEM avec dominante maths.


Finalement, déplore Mélanie Guenais, sous prétexte de critique d’une filière S jugée trop élitiste, on recrée une sous-filière C bien plus exclusive au détriment de sa diversité de public, des formations scientifiques, de toutes les formations nécessitant des maths, et de la culture scientifique en général.


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